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Un distant miroir
Author(s) -
Martin Bruegel
Publication year - 2013
Publication title -
actes de la recherche en sciences sociales
Language(s) - French
Resource type - Journals
SCImago Journal Rank - 0.152
H-Index - 17
eISSN - 1955-2564
pISSN - 0335-5322
DOI - 10.3917/arss.199.0028
Subject(s) - humanities , political science , sociology , philosophy
La malnutrition dans les classes populaires et l'écart de leurs pratiques à la norme physiologique résultent, selon les promoteurs de « l'alimentation rationnelle » au début du XXe siècle, d'une mauvaise gestion budgétaire. L'alimentation quotidienne s'offre alors comme activité à travers laquelle inculquer les principes qui sous-tendent le fonctionnement d'une économie de marché et qui identifient le type d'individu qu'elle requiert : le consommateur capable de faire des choix rationnels et qui possède l'esprit d'économie, connaît les règles d'épargne, prend en compte le temps, utilise les dispositifs de prévoyance. Trois raisons expliquent l'échec de la campagne : la distance sociale qui sépare les experts des milieux qu’ils souhaitent réformer, et qui se traduit en une ignorance des préoccupations de ces catégories sociales ; la méfiance qui caractérise l’attitude des classes populaires face à une science d’en-haut dont elles perçoivent les injonctions comme teintées de mépris ; et finalement des recommandations pour se libérer des comportements jugés à risque qui achoppent sur des conditions économiques antinomiques, trébuchent sur une culture rebelle et se heurtent à des goûts récalcitrants. Cependant, le « catéchisme de l'alimentation raisonnée » resurgit régulièrement en temps de crise. L'alimentation se prête particulièrement bien à fixer le blâme sur les classes sociales dont les pratiques ne correspondent pas aux normes dominantes. En rendant l'individu responsable de son sort lamentable, l'effort réformateur permet de faire l'économie d'une réflexion sur les inégalités sociales. [br/]Malnutrition among the popular classes and their deviation from nutritional norms resulted, according to the promoters of "rational eating" at the turn of the XXth century, from an incompetent management of their budgets. Food ways thus emerged as an object of reform through which to inculcate the principles of a market economy, principles that also identify the type of individual it requires: the consumer, capable of making rational choices, who is a calculator, knows how to save money, takes time into account, and plans future welfare. Three reasons explain the campaign's failure: the social distance between reformers and the groups whose practices they wished to modify, distance that translated into an ignorance of the actual preoccupations among the targets of the educational efforts; the defiance science from above inspired among the lower classes who perceived recommendations as condescending; and finally economic conditions that impeded, and a culture with its own tastes that resisted, the implementation of advice. However, the « catechism of rational eating » regularly reappears during economic crises because food practices are easily mobilized to fix a blame on social groups that do not conform to dominant norms. In assigning the responsibility for a woeful fate to the individual, the reform effort shifts attention away from social conditions and forecloses any reflection on inequality

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