
Tsuguo Andô et la littérature française
Author(s) -
Ryusuké Ebine
Publication year - 2017
Publication title -
ameriquests
Language(s) - French
Resource type - Journals
ISSN - 1553-4316
DOI - 10.15695/amqst.v13i1.4235
Subject(s) - humanities , art , philosophy
C’est donc pour relativiser le contexte de la langue japonaise, contexte qui impose aux textes littéraires un poids moral, qu’Andô étudie la poésie française intégrée dans un autre contexte linguistique. Andô prête attention, par exemple, à la comparaison célèbre qui se trouve dans la lettre-dédicace à Arsène Houssaye, placée en tête des Petits Poèmes en prose de Baudelaire : le lecteur peut « couper » sa lecture d’un recueil de poèmes, là où il veut et n’importe quand, comme s’il coupait un serpent en tronçons. Comme beaucoup de critiques, Andô apprécie le goût grotesque de Baudelaire qui assimile le mouvement de l’imagination des lecteurs à celui du corps d’un serpent. Cependant, selon Andô, les lecteurs japonais doivent aussi savoir que cette comparaison impressionne les lecteurs français d’autant plus qu’elle leur fait penser naturellement à un acte qui leur est familier : couper des pages. En France, jusqu’à ces derniers temps, on lisait en coupant des pages (ce n’était pas le cas au Japon) et c’est cette expérience quotidienne qui donne une matérialité à la comparaison du livre-serpent.