Léthique est une affaire de limites ... Eviter daller vers le suicide en «libre service» - Réplique
Author(s) -
J. Peter Martin,
CY Genton
Publication year - 2009
Publication title -
swiss medical forum ‒ schweizerisches medizin-forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1424-4020
pISSN - 1424-3784
DOI - 10.4414/smf.2009.06937
Subject(s) - humanities , political science , philosophy
Dans le numéro du FMS/SMF du 17 juin 2009, j’ai pris connaissance avec intérêt de l’éditorial de mon excellent confrère et ami d’études Claude Genton [1], en rapport avec l’accès à l’assistance au suicide organisée par des «fatigués de la vie». Il estime que mon malaise, ma claire réticence à cet égard, serait «éminemment discriminatoire», représenterait «une inégalité de traitement flagrante et inacceptable». Plusieurs autres ont, suite à mon article à ce sujet [2], émis des remarques qui, quoique de manière moins vive, vont dans le même sens [3]. Ces avis divergents sont complètement respectables bien sûr; ils m’ont donné l’occasion de préciser ma position [4]. Ma carrière (médecin cantonal) m’a beaucoup mis au contact des problèmes médico-éthiques; j’ai observé que certaines situations n’ont pas de solution idéale mais seulement des mauvaises et des moins mauvaises, et qu’il convient de rechercher laborieusement les moins mauvaises.Deplus, il imported’étudierattentivement les enjeux d’une question donnée du point de vue de la personne individuelle, d’une part, et de celui de la collectivité d’autre part. Cette dernière préoccupation est celle qui m’anime à propos de l’offre organisée d’assistance au suicide. L’acceptabilité sociétale de cette aide, par Exit, ne me pose pas de problème – ni à la population suisse, selon plusieurs sondages – s’agissant de personnes en grande souffrance et en fin de vie. Par contre, s’agissant de «fatigués de la vie» (merci d’excuser l’emploi de ce terme discutable), je crois potentiellement délétère, du point de vue de la communauté et des valeurs dont elle est porteuse, d’organiser l’aide à des pulsions suicidaires. Je réalise avec Claude Genton que cette position n’est pas aussi pleinement cohérente qu’on le souhaiterait ... mais l’éthique est une affaire de limites qu’il faut parfois poser, même de manière imparfaite. Et même si, dans la diversité des personnes demandant l’aide d’Exit, il n’y a pas de frontière aisément définissable entre fin de vie trop lourde à porter et certains cas de «fatigue de la vie». Il importe de rappeler que le «droit au suicide» est ce qu’appelle un droit-liberté, et pas un droit-créance, à savoir: personne ne saurait exiger de la collectivité ou de l’Etat de lui donner les moyens de concrétiser ce droit. Cela étant, le droit-liberté des «fatigués de la vie» de mettre un terme à leur existence reste intact. Et je peux imaginer, même si la vie n’est pas immédiatement menacée, qu’une assistance soit exceptionnellement accordée, au sens de l’article 115 du Code pénal (non-punissabilité de cette aide): dans une situation individuelle où un médecin traitant – ou autre ami – a la ferme conviction qu’il s’agit d’une décision compréhensible, mûrement réfléchie; ceci à une personne spécifique, dans le cadre d’une relation de confiance établie de longue date [4]. Mais pas par une organisation qui en fait sa vocation. Ce qui m’incite à apporter ces précisions, c’est aussi que, le jour même où paraissait l’article de Genton (17 juin), le Conseil fédéralannonçait l’ouvertured’uneconsultationsur le sujet, indiquant que deux options étaient à l’étude: fixer des garde-fous dans la loi ou ... interdire les organisations d’assistance au suicide. Pour les motifs que je cherche à clarifier, je me suis exprimé contre l’implication de telles organisations pour assister des personnes dont le pronostic vital n’est pas gravement en cause; une partie du Conseil fédéral, elle, envisage de ne l’admettre dans aucun cas! Je ne mettrais donc pas la limite au même endroit que notre Gouvernement, mais je crois qu’on n’échappera pas à la nécessité d’éviter que, en quelque sorte, le suicide soit chez nous (quasiment) en libre service organisé – tendanciellement, pour quelque motif que ce soit. Jean Martin
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