Dermatologie et Vénéréologie: Les yeux intelligents de l’ordinateur: une menace ou des super-pouvoirs diagnostiques pour nous?
Author(s) -
Alexander A. Navarini
Publication year - 2019
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2019.03456
Subject(s) - philosophy , humanities
Qui ne souhaite donc pas posséder la lucidité rapide comme l’éclair du fameux maître détective Sherlock Holmes qui reconnaît en un rien de temps le modèle cohérent que fournissent les indices? Mais où notre enquêteur a-t-il acquis ces capacités? Rares sont ceux qui savent que son professeur était médecin. L’auteur de Sherlock Holmes, Sir Conan Doyle, avait été assistant auprès du célèbre chirurgien Joseph Bell qui étonnait chaque jour son entourage avec de perspicaces observations [1]. De même, le dermatologue viennois Ferdinand von Hebra devinait à chaque fois instantanément la profession de ses patients en recherchant des caractéristiques cliniques comme par exemple un cal au niveau du pouce, qui survenait typiquement chez les tailleurs. Dans cette tradition, nous essayons, en tant que dermatologues, d’être les meilleurs observateurs possibles, car nous savons bien que cela peut être pour nous, cliniciens basés sur l’image, la clé du succès. Ainsi, chaque patient est instantanément détaillé de la tête aux pieds et des soupçons mentaux de diagnostic sont établis avant même que l’anamnèse n’ait commencé. Celle-ci peut ensuite confirmer efficacement le diagnostic ou révéler la fausse piste. Ce moment de reconnaissance constitue un point culminant de notre activité quotidienne. La détection visuelle en situation clinique a même été étudiée en termes de physiologie cérébrale [2] et l’électroencéphalogramme montre une différence entre les novices et les experts au moment de reconnaissance. Il va de soi qu’une petite poussée d’endorphines pourrait également s’y ajouter. En tout cas, la recherche de ces modèles nous procure notoirement un grand plaisir. Il existe d’ailleurs de nombreux dermatologues qui s’intéressent également à l’ornithologie, où la recherche d’un modèle se trouve à nouveau au premier plan. Il n’est donc pas surprenant que, parmi tous les spécialistes, les dermatologues affichent le plus haut taux de satisfaction [3], car une raison à cela est: nous adorons le modèle des dermatoses! Il est ainsi d’autant plus préoccupant que les ordinateurs menacent de nous damer le pion pour la détection de maladies cutanées. Cela nous retirera-t-il cette compétence et devons-nous nous rabattre sur une fonction purement consultative? Je ne crois pas que les développements actuels iront aussi loin. En revanche, il vaut la peine de jeter un regard plus attentif sur la technologie actuelle.
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