Remplacer l’élixir de vie qu’est le vin rouge?
Author(s) -
Reto Krapf
Publication year - 2012
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2012.01144
Subject(s) - rouge , art , humanities , computer science , natural language processing
Le vin rouge est connu pour son effet bénéfique sur la santé, voire sur la longévité, surtout par rapport à d’autres boissons alcoolisées. Il y a quelques années, le resvératrol, substance présente dans la peau du raisin, a été identifié comme étant à l’origine des bienfaits attribués au vin rouge. Malheureusement, en supposant une équivalence de dose par rapport aux études chez l’animal, il serait nécessaire de consommer de nombreux litres de vin rouge par jour pour atteindre la dose correspondante. Indépendamment de ce fait, la recommandation de consommer du vin rouge pour ses prétendus bienfaits sur la santé est très discutable car elle pourrait conforter de nombreux alcooliques et un nombre bien plus important encore de buveurs à risque dans une fausse sécurité ou même les plonger dans un auto-aveuglement. Faudraitil donc obtenir du resvératrol avec moins de vin rouge ou pas de vin rouge du tout? Il a été tenté avec succès de modifier génétiquement du raisin rouge afin de cultiver une variété de raisin avec une concentration plus élevée de resvératrol, mais je ne connais pas les qualités gustatives du vin qui en résulte [1]. Il est par ailleurs possible de se procurer la substance «pure» (?) sur Internet.1 Comment le resvératrol agit-il? La discussion est depuis longtemps centrée autour du constat que le resvératrol semble imiter les effets positifs de la restriction calorique sur la durée de vie des organismes unicellulaires (levures), sur le retard du vieillissement et sur l’amélioration des paramètres métaboliques chez les mammifères (souris). La restriction calorique active (entre autres!) l’enzyme SIRT1 (l’homologue humain des sirtuines). Les sirtuines modulent par dé-acétylation une série de produits génétiques et influencent ainsi la sénescence réplicative, l’activité inflammatoire, la résistance au stress et divers «commutateurs métaboliques» du métabolisme glucidique et lipidique. Les sirtuines sont déjà utilisées à grande échelle par l’industrie cosmétique dans les produits destinés à retarder le vieillissement cutané. Par ailleurs, une recherche compétitive a débuté afin de trouver de petites molécules faciles à administrer qui seraient capables d’activer SIRT1 [2]. Toutefois, une étude toute récente ayant porté sur le mécanisme d’action du resvératrol, le «red-wine chemical», a démontré qu’une activation directe du SIRT1 par de telles substances pourrait être difficile [3]. Le resvératrol active bien le SIRT1, mais de manière complexe et indirecte. Curieusement, le processus d’activation du SIRT1 passe par une inhibition des phosphodiestérases, suivie d’altérations de l’adénosine monophosphate cyclique (AMPc) intracellulaire. Il existe diverses isoenzymes des phosphodiestérases et des substances inhibitrices existent pour pratiquement chacune d’entre elles. Parmi les inhibiteurs non sélectifs connus et utilisés depuis longtemps figurent les méthylxanthines (théophylline, caféine). Au cours des 20 dernières années, des inhibiteurs sélectifs on vu le jour, notamment le sildénafil et des substances apparentées, pour le traitement de la dysfonction érectile (inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5) et le rolipram et d’autres substances (inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 4). Ces derniers font actuellement l’objet d’évaluations cliniques pour le traitement des bronchopneumopathies chroniques obstructives. Dans le mécanisme d’action incriminé du resvératrol, il semblerait que les phosphodiestérases 4 jouent un rôle essentiel. Ainsi, nous sommes au début d’un cheminement intéressant visant à déterminer comment l’action du resvératrol pourrait être imitée tout en évitant les effets délétères de l’alcool. Pour ce faire, l’expérience déjà disponible avec les inhibiteurs de phosphodiestérase pourrait être utile. Comme pour toute «research in progress», il faut néanmoins mettre en garde contre des espoirs excessifs de trouver un remède miracle. Les processus de vieillisse-
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