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Une vie régulière augmente-t-elle la longévité?
Author(s) -
François Höpflinger
Publication year - 2011
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2011.07599
Subject(s) - art , humanities
La variabilité de l’espérance de vie selon le sexe et la strate sociale suscite depuis longtemps deux types de questionnements: Quelle est l’importance des causes biologiques d’une part, et des causes sociales et culturelles d’autre part, dans l’écart observé entre l’espérance de vie des hommes et des femmes? Ou d’un point de vue plus actif: les hommes peuvent-ils espérer résorber leur surcroît de mortalité ou doivent ils accepter que les différences d’espérance de vie reposent sur des principes biologiques ou évolutifs immuables? Dans quelle mesure, une vie régulière favorise-t-elle une espérance de vie plus longue? Ou, formulé de façon plus pratique: peut-on retarder l’échéance de la mort en adoptant un train de vie modéré et sensible aux problèmes de santé, et peut-on prolonger la vie des êtres humains en leur assurant une bonne couverture sociale et des soins médicaux appropriés? Chacune de ces deux questions fait depuis longtemps l’objet de recherches portant sur des religieuses et des religieux, en comparant d’une part l’espérance de vie des hommes à celle des femmes et, d’autre part, la longévité des religieux des deux sexes à celle de la population en général. Tout d’abord, les personnes des deux sexes vivant en communauté religieuse sont censées mener une vie modérée. En outre, les divers dangers de la vie ordinaire (accidents de la circulation, suicide, etc.) sont moins prononcés dans les communautés religieuses (à noter également que le risque de suicide est moins élevé dans les régions traditionnellement catholiques que dans les régions protestantes). D’où l’hypothèse que les religieux et religieuses en milieu conventuel vivent plus longtemps que la moyenne de la population. La deuxième hypothèse part du postulat que les religieux et religieuses vivant dans les ordres évoluent dans un contexte socio-économique et socio-médical relativement homogène. Par conséquent, l’écart entre les espérances de vie des hommes et des femmes devrait être moins grand que dans la population en général et permettre de délimiter la fraction imputable aux différences biologiques. Dans son étude sur les couvents, Marc Luy fait appel lui aussi à la méthode traditionnelle comparative, mais il a la chance de pouvoir appuyer ses résultats sur un long intervalle d’observation. Ils permettent de réfuter clairement l’hypothèse empirique d’une plus grande longévité des religieuses en couvent par rapport aux femmes vivant dans la sécularité: jusqu’au milieu du XXe siècle, leur espérance de vie était inférieure à la moyenne, ce qui s’explique par l’incidence élevée de maladies infectieuses comme la tuberculose, par les contacts étroits en communauté et par le fait qu’elles étaient fréquemment occupées dans le domaine des soins. On peut en conclure de façon générale que les avantages éventuels d’une vie régulière ne pourraient être perçus qu’une fois les maladies infectieuses écartées. Ce n’est qu’après la transition épidémiologique des maladies infectieuses vers les maladies de civilisation que l’on peut commencer à étudier les surcroîts de longévité résultant de conditions d’habitat et de vie bien ordonnées. Agir sur l’espérance de vie à travers une «vie saine» (alimentation modérée, beaucoup d’exercice physique, bons contacts sociaux) suppose une couverture sociale bien développée. De nos jours, l’écart entre l’espérance de vie des religieuses et celle des autres femmes est négligeable. Il est par contre très prononcé chez les hommes, ce qui corrobore l’hypothèse qu’une structure sociale ordonnée profite essentiellement aux hommes (hypothèse confirmée par l’observation qu’une vie de couple harmonieuse prolonge surtout l’existence de l’homme). La différence d’espérance de vie entre religieuses et religieux a également subi des variations au cours de l’histoire, et elle a nettement augmenté au cours des dernières décennies. La question reste ouverte – et Marc Luy l’a bien relevé dans l’article «Causes de la différence d’espérance de vie entre les sexes» de ce numéro de Forum – de savoir si les religieuses et les religieux ne présentent vraiment pas de comportements sexo-spécifiques. Certaines différences genre concernant le tabagisme et la consommation d’alcool ne sont pas impossibles au sein même des couvents. Les conclusions de Marc Luy, selon lesquelles la fraction de l’écart de longévité entre hommes et femmes attribuable aux facteurs biologiques ne se monte qu’à une année et demie, s’accordent avec celles des analyses antérieures. Avec l’ouverture progressive au monde contemporain, les couvents se prêtent de moins en moins bien aux essais examinant l’impact des structures ordonnées sur l’espérance de vie des hommes et des femmes (et plus la vie de couvent se modernise, plus les différences de comportement entre religieuses et religieux augmentent).

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