Une loi inutile
Author(s) -
A de Torrenté
Publication year - 2011
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2011.07555
Subject(s) - computer science
Les Etats-Unis nous surprendront toujours par leur acharnement à vouloir régler la vie des citoyens, aussi complexe et variée fût-elle, par des lois, toujours des lois. Les avocats fouinent, se mêlent de tout et entretiennent une ambiance délétère où chacun peut se permettre de trouver une raison de traîner devant les juges des gens ou des institutions pour tout et rien. On se souviendra du procès gagné par cette brave ménagère pour avoir fait exploser son chat dans un four à microonde pour le sécher car cela n’était pas expressément défendu dans le mode d’emploi... Le New York «Palliative care information act» [1] est effectif depuis le 9 février 2011. En gros, le médecin qui n’aura pas informé et conseillé de manière appropriée son patient atteint d’une maladie terminale sur les soins, les options thérapeutiques, etc. est passible d’une amende de 5000 $ ou, en cas de violation répétée, d’une peine de prison d’une année. La Californie a déjà une loi semblable depuis 2009 et il semblerait que d’autres Etats vont suivre. Si on y regarde de plus près on s’aperçoit bien que cette approche agressive est non seulement inapplicable mais qu’elle va entraîner un climat de suspicion intolérable dans la relation médecin-malade. Quoi de plus subtil, de plus délicat que d’aborder des problèmes de pronostic, de fin de vie, d’options thérapeutiques avec des patients gravement malades? Et quoi de plus improbable qu’un pronostic d’un temps de survie par exemple. Chacun d’entre nous a été surpris par un patient oncologique qui meurt brusquement d’une embolie pulmonaire par exemple alors qu’on avait pas eu le temps de discuter de cette éventualité (le fallait-il vraiment)? Va-t-on tomber sous le coup de cette loi? Ou au contraire, après avoir informé de la possibilité d’une fin très proche, qu’un patient vive encore des mois? Valaitil la peine de l’angoisser pour rien simplement pour respecter la loi? Alors, quand, et comment parler à ces patients et à leur famille? Ce n’est pas une loi qui va nous y aider. Seule une grande confiance, patiemment tissée depuis des mois ou années, étayée par un savoir être approprié de médecin (cela peut s’apprendre), permet cette relation qu’aucune loi ne pourra «forcer». Et puis, tous les patients sont différents: certains sont demandeurs à l’excès, tout doit être dit. D’autres, souvent plus âgés, laissent à leur médecin le soin de distiller l’information avec tact et finesse, dans un exercice de paternalisme accepté. Mais la loi ne fait pas de différence. Dans la pratique, qui viendra contrôler l’adéquation et la justesse de l’information, le soutien moral que le médecin apporte à son patient? Un avocat sous le bureau ou caché derrière un rideau? On finira par avoir une approche légaliste à des problématiques qui pourraient dépasser de loin la vision d’un homme de loi: une check list, point par point, pour être sûr de n’avoir rien oublié au regard de la loi. Belle médecine... Les Etats-Unis viennent de nous abreuver, en accord avec leurs pratiques, d’images et d’une mise en scène nauséabonde (d’ailleurs complaisamment relayées par les médias européens) relatif à un viol présumé commis par un puissant de ce monde. Ils veulent aussi maintenant régler par des lois un domaine qui fait l’honneur de notre métier: les rapports humains empreints de compassion et de confiance. J’espère que jamais chez nous on arrivera à une distorsion pareille de la relation médecin-malade. Ce «Palliative care information act» est simpliste, inapplicable et coercitif. Pire: stupide...
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