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Le secret médical
Author(s) -
Bernice S. Elger
Publication year - 2011
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2011.07402
Subject(s) - computer science
Quatre observateurs indépendants, inconnus du personnel hospitalier, prennent systématiquement l’ascenseur en passant par tous les étages, de bas en haut ou de haut en bas. Ils sont chargés d’écouter ce qui se dit dans l’ascenseur. Après chaque trajet, ils quittent l’ascenseur pour rejoindre un lieu isolé des regards où ils notent le nombre de personnes ayant utilisé l’ascenseur et les fonctions professionnelles qu’ils ont réussi à reconnaître parmi les passagers. Ils consignent par écrit aussi fidèlement que possible toutes les conversations qui ont éventuellement transgressé le secret médical. Après avoir évalué les observations portant sur 259 trajets en ascenseur, un groupe d’experts indépendants a abouti au résultat suivant: lors de 36 trajets (14%), les médecins1 ou le personnel soignant ont fait au moins une remarque inappropriée. Dans 18 de ces cas, les remarques violaient le secret médical. Dans les autres cas, les remarques impropres, irrespectueuses ou critiques émises par le personnel de santé ne révélaient pas l’identité des patients. Les conversations d’ascenseur ne respectant pas le secret médical étaient très fréquemment menées par des médecins. Le personnel soignant était moins souvent concerné. L’extrait suivant est caractéristique: «Hier, Monsieur Willmer a été admis à l’hôpital; il reçoit une nouvelle chimiothérapie.» Les patients ont pu être identifiés de façon directe, par leur nom, ou indirecte, par des éléments descriptifs comme «la directrice de l’entreprise X...» pour une entreprise bien connue. Dans d’autres cas, la description détaillée des symptômes aurait permis à des amis ou à des membres de la famille de deviner l’identité des patientes. Exemple: un groupe de médecins a dû changer d’étage alors qu’il effectuait probablement la visite médicale quotidienne. Dans l’ascenseur, il a mené une discussion très détaillée sur les symptômes, les résultats diagnostiques et les alternatives de traitement de certains patients. Deux médecins ont tenu un débat animé sur les chances et les risques liés à l’ablation de différentes parties de l’un ou des deux poumons chez un patient [1]. Quelques années après cette étude états-unienne, une étude canadienne sur les conversations d’ascenseurs aboutit à des résultats pratiquement similaires: elle montre que le secret médical est transgressé dans 11% des trajets en ascenseur et que le nom des patientes est prononcé dans quatre cas (3%) [2]. Pendant un cours d’éthique médicale à Genève, une étudiante raconte que chez son médecin, l’assistante médicale répondait toujours au téléphone au vu et au su de tous les patients en attente, et qu’elle s’adressait presque toujours aux appelants en prononçant leur nom, en évoquant leurs symptômes et en discutant avec eux des résultats d’examens. De nombreux cas de transgression du secret médical ont lieu pendant le travail de routine et pourraient en principe être évités. Apparemment, les auteures de ces violations et leurs interlocuteurs n’en sont pas toujours conscients. Il est rare qu’un participant ou une personne présente fasse une observation. Dans l’étude canadienne, on a relevé deux cas où des étudiantes de médecine qui se trouvaient dans l’ascenseur ont réagi. Elles ont proposé de poursuivre la discussion ailleurs, et leur intervention a été bien accueillie à chaque fois [2]. La grande majorité des patientes part du principe que la confidentialité est respectée. Ainsi, seuls 9% des patients interrogés – contre 36% des médecins interrogés – partent-ils du principe que lors de soirées, les médecins divulguent des informations sur les patientes à des non-médecins lorsqu’ils évoquent des «cas intéressants» [3, 4]. Mais peu importe que des non-médecins soient présents ou non lors d’une soirée: dès que certains détails permettent d’identifier des patients de façon directe (par ex. si leur nom est évoqué) ou indirecte (si la profession ou d’autres détails singuliers sont mentionnés), le fait même de raconter ces détails à des collègues qui ne sont pas directement concernés par le traitement constitue une violation du secret médical. Une directive britannique sur la confidentialité publiée récemment [5] rappelle que les médecins devraient informer le patient que dans son propre intérêt, sauf opposition explicite de sa part, ils échangent les informations avec les autres médecins traitants. Il en va ainsi dans les hôpitaux par exemple. Généralement, les patientes comprennent que les données sur leur état de santé doivent fréquemment être accessibles à une très grande équipe de soins, afin de sauvegarder une organisation de traitements justifiés médicalement et sans accroc. Toutefois, les patients ne saisissent pas toujours l’étendue et les limites de cet échange d’informations qui est fait dans leur intérêt. Le General Medical Council exprime en conséquence la recommandation suivante aux médecins2: «en tant que médecin, il faut que vous informiez vos patientes sur chaque transmission de données médicales à laquelle elles ne s’attendent pas,

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