Heure dété supprimer ou garder?
Author(s) -
R Krapf
Publication year - 2010
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2010.07339
Subject(s) - psychology
Les journées qui raccourcissent me font penser avec mélancolie aux longues soirées – prolongées encore par l’heure d’été. J’ai été d’autant plus étonné de lire dans le Scientific American de septembre que l’heure d’été était décrite comme l’une des créations humaines qu’il vaudrait mieux supprimer. Au même titre d’ailleurs devrait-on renoncer au programme de navettes spatiales, supprimer une nouvelle fois le téflon et interdire aux pétroliers de brûler le goudron riche en souffre. L’avantage économique de l’heure d’été est en fait controversé. Ses coûts non négligeables (changements d’horaire, adaptations des ordinateurs, etc.) doivent être compensés par ses bénéfices (par ex. rendement meilleur de l’industrie des loisirs). On ne sait même pas si l’heure d’été diminue effectivement la consommation énergétique. La baisse des coûts d’électricité (éclairage) s’oppose à l’augmentation évidente d’une mise en service plus longue et plus intensive des climatisations. Du point de vue médical, l’heure d’été semblerait influencer le rythme du sommeil et le rendre moins récupérateur. Il s’ensuit une augmentation des accidents de travail et de la route. De même, l’incidence des épisodes dépressifs augmenterait après le passage à l’heure d’été. Supprimer l’heure d’été, est-ce une bonne idée? Les effets cités ci-dessus, dûs au passage à l’heure d’été, sont, pour des raisons méthologiques, difficiles à juger. Le Department of Transportation US-américain a montré, en 1975 déjà, une baisse de 0,7% des accidents mortels de la route et en 1976, une réduction de 5% même des collisions mortelles pour les piétons. Des publications plus récentes n’ont cependant montré aucun effet du passage à l’heure d’été sur le nombre des accidents de la route [1]. Il est possible par contre que les accidents de travail soient plus nombreux le premier jour après ledit passage (un lundi!) [2]. Les employés dorment en moyenne 40 minutes de moins (au moins) la première nuit après ce passage, ce qui pourrait provoquer des inattentions résultant d’une moins bonne concentration due au manque de sommeil. Cette petite privation de sommeil qui, comme on le sait, augmente entre autre l’activité sympathicotonique, est également rendue responsable d’une augmentation significative de l’incidence des infarctus du myocarde, les trois premiers jours de la semaine suivant le passage à l’heure d’été [3]. Mathématiquement, cette augmentation de 5% est relativement minime. Mais dans ce pays, quelque 2 milliards de personnes sont concernées et avec ce nombre, l’augmentation des infarctus pourrait bien prendre une valeur significative. On observe cependant, ce qui est rassurant, que lors du passage à l’heure d’hiver (durée de sommeil en général transitoirement plus longue) l’incidence des infarctus baisse de manière significative en dessous de la moyenne «normale» pendant les trois premiers jours. Qu’en est-il des épisodes dépressifs? Il est intéressant de constater qu’un raccourcissement de la durée du sommeil ainsi qu’un lever avancé (forcé) par rapport à celui du soleil diminuent le risque d’épisode dépressif. C’est pour cela, pour la prévention des dépressions, qu’on a même recommandé d’étendre l’heure d’été à toute l’année [4]. On remarque que nous autres humains sommes aussi esclaves de nos habitudes, puisque des interventions apparemment minimes dans notre rythme de vie peuvent avoir des conséquences mesurables. Au printemps, la privation de sommeil manifestement liée au passage à l’heure d’été peut augmenter les accidents de la route et l’incidence des infarctus, mais en contrepartie, peut diminuer les épisodes dépressifs. A l’automne, lors du passage à l’heure d’hiver, le sommeil prolongé diminue l’incidence des infarctus et peut-être (je ne connais pas d’études à ce sujet) celle des accidents de la route, mais au prix d’épisodes dépressifs plus nombreux, qui vont encore s’ajouter à l’augmentation saisonnière naturelle. Le tout reste peut-être en équilibre, avantages et inconvénients du passage à l’heure d’été s’équilibrant avec ceux du passage à l’heure d’hiver? La proposition d’étendre «l’heure d’été» à toute l’année m’est personnellement sympathique, tout simplement parce que j’ai l’impression d’avoir un peu plus de vie grâce aux longues soirées. Mais les personnes ayant le syndrome des phases de sommeil avancées (qui pour des raisons génétiques doivent se coucher tôt) ou même tous les «early birds» ne sont pas vraiment d’accord...
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