z-logo
open-access-imgOpen Access
En français s.v.p.!
Author(s) -
BC Pestalozzi
Publication year - 2010
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2010.07226
Subject(s) - art
Le 78e Congrès annuel de la Société suisse de médecine interne (SSMI) s’est tenu du 19 au 21 mai dernier à Bâle. Un des buts affirmés de la SSMI est: «Nous nous enga geons pour une formation postgraduée et continue de haut niveau avec pour but une prise en charge globale et professionnelle de nos patients.» Ce qui lui réussit re marquablement en tenant compte notamment de la ré glementation linguistique de la part des responsables de la SSMI. Les conférenciers sont prévenus en temps utile de s’exprimer dans leur langue maternelle, mais de pré parer leurs fichiers PowerPoint en anglais pour faciliter la compréhension de leurs présentations aux collègues des autres régions linguistiques. C’est la meilleure régle mentation linguistique pour la «formation postgraduée et continue de haut niveau» au niveau national. Qu’un conférencier principal d’Australie parle sa langue ma ternelle est parfaitement adéquat. Il est par contre fort regrettable que de nombreux conférenciers suisses parlent anglais sans respecter la réglementation offi cielle. Renoncer à sa langue maternelle pour les confé rences et la formation est une manière de voir les choses pas plus loin que le bout de son nez et irréfléchie. L’ex pression verbale perd en différenciation et précision, hu mour et variété, spontanéité et authenticité, fiabilité et correction, attractivité et force de persuasion. L’anglais ne devrait nous servir que comme aide à la compréhen sion réciproque et pas devenir une langue de substitu tion. Même un académicien suisse qui a vécu plusieurs années dans une région anglophone n’atteindra jamais en anglais la même compétence linguistique qu’en sa langue maternelle. Fait étonnant, ce sont surtout les collègues de Romandie qui parlent plus volontiers anglais que français! Chers compatriotes, n’hésitez pas! Faitesnous le plaisir d’en tendre votre beau langage que nous avons appris. En seigneznous en français! Utilisez des diapositives en an glais, mais parlez français, parlez lentement, clairement, avec des phrases simples et un vocabulaire compréhen sible. C’est là votre devoir professionnel, et même cultu rel. Soutenez la cohésion de notre profession à l’intérieur de notre pays pluriculturel! Insistez pour que les Suisses alémaniques parlent le «Hochdeutsch» même s’ils n’aiment pas le faire. Nous aussi, Suisses alémaniques, devons parler lentement, clairement et en bon allemand compréhensible. Pas de dialecte s.v.p. Pas de germa nismes à outrance tels que des mots composés sans fin comme «Mammakarzinomsubtypisierungsprofil». C’est avec notre langue que nous pouvons générer le respect et la volonté de comprendre. Notre Parlement s’exerce de puis 1848 à ce mode de communication. Les congrès de sociétés de médecins sont bel et bien une sorte d’as semblée parlementaire nationale. La situation des Tessi nois est encore un peu plus compliquée: au Palais fédéral ils parlent soit français soit allemand, c’est ainsi qu’ils sont mieux compris, mieux entendus et peuvent mieux défendre leurs intérêts. La réglementation linguistique de la SSMI n’est malheu reusement pas suivie par les sociétés de spécialistes. Chez les oncologues, dans le cadre du SAKK (Groupe Suisse de Recherche Clinique sur le Cancer), lors du congrès annuel des hématologues, des gastroentéro logues, etc., seul l’anglais est parlé depuis quelques an nées. L’explication superficielle est donnée par certains participants qui ne comprendraient pas suffisamment bien l’allemand. Mais la motivation plus profonde est qu’ils veulent se donner un air «scientifique». Le niveau de la plupart des présentations est toutefois très moyen sous tous leurs aspects linguistiques: élocution, vocabu laire, différenciation, précision, style. Ce qui était prévu comme «internationalité» devient provincialité pénible. Interaction, discussion, échange animé ne sont pas suffi sants. L’essence même de la science est ainsi perdue. Nous partons nousmêmes en province en utilisant une sorte de «pidgin english» (petitnègre). Pourquoi cette soumission en prenant les devants, cette capitulation face à la culture angloaméricaine ressentie comme trop puissante? Science et médecine continueront à fleurir dans les régions germano et francophones! Naturelle ment, les découvertes scientifiques sont généralement publiées d’abord en anglais. Naturellement, nous devons tous pouvoir parler et écrire en anglais. Mais s.v.p. avec modération! Dans les assemblées de médecins suisses, nous devons parler nos langues maternelles. C’est juste ment le devoir de ces spécialistes de traduire les nou veautés scientifiques pour notre pays et notre région lin guistique et de les rendre compréhensibles. Il n’est pas toujours possible de traduire fidèlement des termes an glais tels que targeted therapy. Mais quelques bribes d’anglais dans les exposés ne font pas de mal. La situa tion actuelle est malsaine et préoccupante. On ne peut pas changer de langue comme de chemise. La langue parlée est l’identité. Nous pensons d’abord dans notre langue maternelle. Le fait de renoncer à sa langue ma ternelle appauvrit la pensée et la communication. Nous ne pouvons pas nous le permettre. Il est urgent d’ouvrir un débat public sur ce thème aussi complexe qu’impor tant. Les congrès annuels nous offrent pour cela une opportunité fort bienvenue. Bernhard Pestalozzi

The content you want is available to Zendy users.

Already have an account? Click here to sign in.
Having issues? You can contact us here
Accelerating Research

Address

John Eccles House
Robert Robinson Avenue,
Oxford Science Park, Oxford
OX4 4GP, United Kingdom