Les amateurs prennent les rênes!
Author(s) -
RA Streuli
Publication year - 2007
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2007.06311
Subject(s) - humanities , art , political science
du «service des urgences dans les hôpitaux» et a cité, à cet égard, l’ancien directeur d’un hôpital universitaire suisse. Ce dernier réclamait la création d’une spécialité pour la médecine d’urgence. Il prétendait, pour justifier cela, que le diagnostic est un «art à part». C’est en vérité une connaissance profonde! Nous autres, internes, sommes d’avis qu’un diagnostic précis portant sur la totalité du corps humain est le propre de la médecine interne, et que la collaboration étroite entre chirurgiens et internes au sein des services d’urgence donne les meilleurs résultats. Mais à vrai dire, ce n’est pas ce qui m’a irrité dans cet article de presse. J’ai plutôt été dérangé par le fait qu’un amateur se voit contraint de faire des recommandations sur des questions de formation médicale. La phrase bouffonne selon laquelle le diagnostic serait un «art à part» le montre. L’exemple cité n’est pas un cas isolé. Il est frappant de voir de plus en plus de profanes de la médecine s’immiscer dans les questions médicales. Bien évidemment, le sujet est délicat et quiconque écrit dessus s’expose au risque d’être accusé de suffisance ou de démesure. Mais il ne viendrait pas à l’idée d’un médecin de donner des conseils bon marché à des juristes ou des ingénieurs, ni de s’immiscer dans les détails de la jurisprudence ou de la construction de ponts. Les professionnels, indignés, ne le toléreraient pas. Seulement, nous autres, médecins, semblons nous accommoder du fait que des amateurs prennent les rênes de plus en plus souvent. Peutêtre sommes-nous dans une certaine communauté de destin avec les enseignants! Les exemples suivants illustrent mes propos: depuis l’instauration des Diagnosis Related Groups (DRG) – ou Groupes Homogènes de Malades en français – pour le remboursement du séjour hospitalier des patients, la liste des diagnostics figurant dans le dossier médical et sur le rapport de sortie ne doit plus renseigner principalement sur l’état de santé des patients, mais permettre un remboursement le plus élevé possible par l’assurance maladie. Le bureau de codification demande que chaque pression partielle basse en oxygène mesurée soit répertoriée dans le diagnostic comme «insuffisance respiratoire» et chaque taux légèrement élevé de créatinine dans le sérum comme «insuffisance rénale», car sinon le patient devra être renvoyé chez lui plus tôt et le poids de l’intervention s’en trouvera diminué, ce qui a des conséquences financières directes! Cela n’a évidemment pas grand-chose à voir avec la médecine, et il m’est pénible de devoir procéder à chaque visite à de telles rectifications – rendues nécessaires par des questions purement économiques. Cela ne s’est pas encore trop ébruité et quasiment personne n’a relaté dans la presse qu’il existe des hôpitaux qui tiennent des listes noires de maladies dont le traitement est trop coûteux et qui, par conséquent, renvoient sur le champ les patients concernés, généralement vers un centre hospitalier public. Dans ces établissements-là, les médecins ont manifestement dû abandonner leur liberté de traitement à des économistes. Cette tendance montre, du reste, que même dans un état libéral, il n’y a pas de libre concurrence dans le domaine de la santé publique; car le patient, contrairement à un acheteur de voiture, est incapable de faire un choix rationnel entre des offres différentes. Lorsqu’il est question de vie et de mort, chacun veut – et c’est bien compréhensible – ce qu’il y a de mieux, surtout quand on ne doit pas payer soi-même. Il existe bien d’autres exemples indiquant que notre pouvoir de décision en tant que médecins menace de nous échapper. Ce sont de plus en plus souvent les fonctionnaires des caisses maladie qui décident de l’utilisation des médicaments et des techniques de diagnostic. Les ambulanciers décident de l’hôpital dans lequel le patient est emmené et finalement l’industrie pharmaceutique, avec sa publicité déguisée, nous enlève, à nous médecins, le choix du «bon» médicament puisque le patient nous arrive déjà conditionné. Le préalable essentiel pour nous défendre efficacement de cette mise sous tutelle menaçante est bien évidemment d’en reconnaître précocement le danger. Il nous faut défendre résolument notre point de vue en politique et ne pas nous retrancher dans une tour d’ivoire. Bien entendu, nous ne devons pas nous illustrer par une méconnaissance totale de la gestion et de l’économie, car sinon personne ne nous prendra au sérieux! éditorial Forum Med Suisse 2007;7:
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