Pourquoi les guérisseurs ont-ils autant de succès?
Author(s) -
RA Streuli
Publication year - 2006
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2006.05856
Subject(s) - political science
je me garde de balayer ces questions de mes patients d’un geste de la main ou d’un sourire condescendant. Il est en outre intéressant de constater que, lorsqu’ils deviennent patients eux-mêmes, les médecins ne sont pas pour autant immunisés contre des raisonnements qui sont irrationnels ou ne sont étayés par aucune certitude. Gerd Nagel a interrogé 50 oncologues atteints d’un cancer [2]. Alors qu’aucune étude n’a apporté de preuves dans ce sens, 49 d’entre eux croyaient fermement à l’utilité des efforts de guérison naturelle, tout comme les patients qu’ils suivaient. Le raisonnement rationnel et scientifique cesse dès que nous sommes personnellement confrontés à un diagnostic catastrophique. Même Sigmund Freud, esprit éclairé s’il en est, a réussi à occulter la réalité d’un carcinome de la bouche jusqu’à la fin de sa vie et Wilhelm Löffler n’a jamais voulu voir au microscope la nature maligne des cellules d’une biopsie qu’on lui avait faite. Nous, médecins de formation académique, semblons incapables de soutenir les efforts de guérison naturelle de nos patients et de les rendre autonomes, nous souffrons dans ce domaine de carences importantes. Nous ne prenons pas assez de temps pour parler avec nos patients, les toucher, utiliser le stéthoscope pour ausculter le cœur et les poumons, palper le foie et la rate avec les mains. Nos patients ont profondément besoin de cette médecine intuitive, «touchyfeely» comme l’appellent les Américains, qui fait effectivement partie intégrante de la médecine générale et interne pratiquée et enseignée par nos aînés. Pour nous qui avons grandi à l’ère de la technique, il est bien entendu difficile de changer d’avis et de croire à cet autre aspect de la médecine. Je comprends parfaitement ce professeur de cardiologie d’une université suisse qui explique à ses étudiants qu’il ne porte plus de stéthoscope car l’échographie cardiaque fournit des indications beaucoup plus précises sur l’état des valvules. Pourtant, il fait fausse route! Il ne comprend pas que les espoirs et les angoisses de nos patients sont étroitement liés à notre rayonnement humain et à notre capacité de communication verbale et non verbale. Car au moment où survient une maladie mortelle, les patients n’ont que faire des statistiques médicales, des analyses de résultats et des preuves.
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