Pathologie: Les cellules souches douées de plasticité nous forcent à penser differemment
Author(s) -
Annamaria H. Zimmermann
Publication year - 2003
Publication title -
forum médical suisse ‒ swiss medical forum
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-6146
pISSN - 1661-6138
DOI - 10.4414/fms.2003.04753
Subject(s) - biology
Dans la pathologie diagnostique, nous nous basons sur des échantillons histologiques reproductibles, ce qui nous oriente sur la nature, la provenance et la destinée des cellules d’organes normaux et malades. Nous nous souvenons comment nous avons dû apprendre tout cela avec une motivation variable ... Un projecteur s’est allumé récemment, qui va soumettre nos concepts d’homéostasie cellulaire à un changement durable. Sous le titre Liver from bone marrow in humans ont été publiés les résultats sur l’origine des hépatocytes de l’être humain adulte [1]. Les receveuses de greffes de moelle osseuse d’hommes et les receveurs de greffes hépatiques de femmes ont présenté par la suite des hépatocytes avec chromosome Y positif en grandes quantités. On a tiré de cette observation la conclusion que des hépatocytes peuvent provenir de cellules extrahépatiques, médullaires. Cette découverte étonnante, confirmée ultérieurement dans d’autres situations, bouscule nos idées traditionnelles sur la provenance des cellules typiques d’organes. Ce phénomène estil limité au foie? Il s’est avéré que des tissus des trois feuillets embryonnaires peuvent être reconstitués à partir de cellules médullaires. Quelles sont les propriétés de ces cellules? Quel est l’effet de ces observations sur notre manière de penser et d’agir? Ces cellules sont des cellules souches. Elles sont généralement soumises à une «hiérarchie de sort» allant de la multipotence à l’unipotence. Il est habituellement admis qu’une cellule souche unipotente quant à sa différenciation ultérieure, est limitée à un certain tissu à localisation déterminée (par ex. crypte intestinale), et ne donnera qu’un seul type de cellule. Jusqu’ici tout allait bien; mais les résultats ci-dessus nous interpellent: cette découverte briset-elle la hiérarchie des cellules souches? Ce phénomène de l’étonnante flexibilité des cellules souches circulantes adultes s’appelle plasticité [2, 3], et signifie que leur descendance n’est pas fixée tôt, mais reprogrammée après relocation dans une autre niche, pour couvrir les besoins à leur nouvel endroit. Les conséquences de cette plasticité sont énormes. De nombreuses cellules spécifiques semblent être en équilibre autorégulateur avec des cellules souches douées de plasticité infiltrant les tissus, ce qui a des conséquences durables pour la régénération d’organes. Une infiltration de cellules douées de plasticité peut drastiquement modifier la composition des organes, ce qui est bénéfique dans certaines situations, mais peut également être une catastrophe pour l’homéostasie. Comment allons-nous exploiter ces connaissances, indépendamment de leur impact théorique? La plasticité ouvre de nombreuses voies potentielles. Les cellules souches médullaires douées de plasticité injectées, originelles ou modifiées, pourraient reconstituer des organes malades (organoplastie cellulaire) ou corriger des défectuosités génétiques. Nous pouvons aussi imaginer que des cellules souches tumorales modifiées inversent les caractéristiques néoplasiques des cellules originelles après relocation dans la tumeur. Quelles sont les ombres de cette lumière? Devons-nous maintenant déjà réécrire nos manuels? «Although not quite the cold fusion of biology, it [(plasticity]) ignites similar passions» [4]. Les passions vont d’un enthousiasme énorme à la critique la plus dure quant à la reproductibilité et à la signifiance de ces résultats (par ex. reprogrammation par fusion ou captation d’ADN locale au lieu de plasticité). Nous suivrons avec grand intérêt la suite de cette aventure. Pathologie: Les cellules souches douées de plasticité nous forcent à penser différemment
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