Jassure des services de garde du moins pour le moment
Author(s) -
Beat Stcheli
Publication year - 2019
Publication title -
bulletin des médecins suisses
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-5948
pISSN - 1424-4012
DOI - 10.4414/bms.2019.18005
Subject(s) - political science , humanities , art
Je suis un médecin dit de premier recours. Un médecin de chair et de sang, un être humain qui souhaite ce qu’il y a de mieux pour ses patients. Et c’est ça, croyais-je jusqu’ici, qui me distingue de mes collègues spécialistes. Ce dont je suis fier et qui fait ma marque de fabrique. Un médecin de premier recours, c’est celui chez qui un patient prend rendez-vous, quand il en a besoin, pour ce dont il a besoin. Et qui lui dit «Je suis toujours là pour vous». J’ai croisé dernièrement un collègue proche de l’âge de la retraite. Il ne manquait plus à son bonheur que de trouver un jeune collègue pour reprendre son cabinet. A la question de savoir ce que j’avais fait durant les vacances de Pâques, je répondis que j’avais été de garde. «What else?» Affichant son plus beau sourire, teinté de condescendance, il m’expliqua qu’il n’assurait plus de garde depuis longtemps car il avait réussi à déléguer. La garde, ce n’est ni sexy ni d’actualité, trouvait-il. Tout en l’écoutant, je réfléchissais: chaque année, c’est la même chose, je suis de garde durant les fêtes. Et ça ne va pas en s’améliorant, bien au contraire. Pourquoi, au juste? De surcroît, les gardes sont chaque année plus stressantes, et les patients plus exigeants. Ensuite, je retourne, épuisé, dans le quotidien de mon cabinet, sans aucune trace de récupération. Et comme toujours, les rentrées sont particulièrement chargées, à croire que tous les patients tombent malades en même temps. Roue du hamster, rocher de Sisyphe, je vous laisse le choix de l’image ... Pourquoi les services de garde me restent-ils toujours plus souvent sur l’estomac? Et d’où me vient parfois cette réaction irritée face aux patients arrivant en urgence? Deviendrais-je misanthrope, ou qu’est-ce qui se joue là? Serais-je simplement frustré? Mais où donc est resté mon bel idéalisme? Dans tous les cantons, les généralistes sont astreints aux gardes. Au niveau du ressenti, toutefois, les gardes constituent une charge de plus dans un quotidien déjà stressant. Et vu la pénurie de généralistes, toujours plus criante, la charge se répartit sur toujours moins d’épaules. On n’entrevoit guère le bout du tunnel, ce qui est un facteur de stress supplémentaire. Mais pourquoi je n’attends pas avec impatience les périodes d’affluence maximum, comme le font les commerçants, pour voir mon chiffre d’affaires décoller? Pourquoi je n’arrive pas à anticiper la cohue de Noël ou de Pâques, qui viendra aussi certainement que le prochain lever de soleil? Ne devrais-je pas prendre exemple ici sur mes confrères et consœurs des stations de ski? Mais pas le temps de rêvasser: ma salle d’attente est pleine à craquer ... Et pourtant, ça continue de tourner dans mon cerveau. Comment en sommes-nous arrivés, nous médecins FMH Thème 964
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