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De la vaccination
Author(s) -
Eberhard Wolff
Publication year - 2019
Publication title -
bulletin des médecins suisses
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-5948
pISSN - 1424-4012
DOI - 10.4414/bms.2019.17882
Subject(s) - vaccination , medicine , virology
Ces derniers mois, les médias suisses et internatio naux ont une fois de plus beaucoup parlé de la vaccina tion, notamment en raison de récents cas de rougeole. Le tumulte médiatique sur ce thème n’est pas nouveau. Il suffit de jeter un coup d’œil aux anciens numéros du BMS pour s’en convaincre. Ces dernières années, on y retrouve de vastes – et le qualificatif ne se rapporte pas seulement à leur ampleur – débats sur les recomman dations de vaccination de la Fondation pour la pro tection des consommateurs, la campagne pour l’éra dication de la rougeole en Suisse d’ici 2015 ou les articles pertinents de la loi fédérale révisée sur les épi démies. En fait, la vaccination est un sujet qui divise depuis plus de deux siècles, lorsque les premiers vaccins ont été introduits. Pourquoi? A mon sens, cela s’explique notamment par le fait que la vaccination se situe à l’inter section de convictions fondamentales et de sys tèmes de pensée très différents, qui s’y entrechoquent avec une brutalité que l’on rencontre rarement ailleurs en médecine. Cela transparaît aussi dans la charge émotionnelle et l’intensité des débats sur les questions essentielles de médecine correspondantes. Pour le comprendre, mieux vaut laisser de côté la question de savoir qui a «le plus raison». Les vaccins étaient et restent une sorte d’essence de ce qui est censé caractériser la médecine moderne, rationnelle, surtout depuis le milieu du XIXe siècle: agir efficacement, de manière systématique et contrôlée, contre les maladies des individus et des communautés, de préférence avant même qu’elles se déclarent. Long temps, la prévention et finalement l’éradication de la variole ont fait la fierté de toute une profession. L’éli mination des maladies a toujours été une grande uto pie de la médecine. Le scepticisme ou la critique de cet idéal sont, entre bien d’autres choses, considérés comme des doutes sur l’image fondamentale que cette médecine a d’ellemême. Mais les vaccins sont aussi un exemple éclatant de médecine interventionniste, plus particulièrement d’une intervention sur le corps humain, d’autant plus marquante qu’elle franchit concrètement les limites eberhard.wolff[at]saez.ch de la peau humaine. Hier avec des incisions, au jourd’hui avec des injections. En ce sens, les vaccins cristallisent également des conceptions différentes de l’importance que le corps humain, la «nature» ou le «na turel» doivent revêtir en médecine, de la manière dont cela doit se traduire et du caractère invasif, «artificiel» ou «synthétique» admissible ou possible pour la vacci nation. Différentes notions de risque se heurtent aussi dans les débats. Quel poids accordeton aux risques d’une maladie ou de sa prévention et comment les meton en balance? S’agitil du risque pour un individu ou pour un groupe? Estil considéré d’un point de vue extérieur ou de celui de l’individu luimême? La notion abstraite de risque est en outre étroitement liée au sentiment concret de peur: le débat se charge très vite d’émotions. Les avis divergents sur les vaccins nous confrontent par ailleurs à d’autres interrogations: quelle pluralité voulonsnous pour notre système de santé et où doivent en être les limites? Les vaccinations ne concernent pas seulement la mé decine. Elles soulèvent (audelà du thème de la vaccina tion obligatoire) toujours la question – essentielle pour notre coexistence – du rôle de l’individu par rapport à la société dans son ensemble. Quand la collectivité atelle le droit, le devoir ou l’obligation d’empiéter sur l’autonomie de l’individu et quand estil préférable qu’elle s’abstienne? Dans quelle mesure, la valeur «santé» estelle absolue comparée à d’autres comme la liberté individuelle? Qu’estce qui prime entre la logique de la santé et les libertés civiles? Et il ne s’agit là que de l’énumération de quelques mots clés. Chacun d’eux peut déclencher des débats passion nés. Associés, ils s’influencent comme les éléments d’un mobile. La vaccination était et reste un sujet médical brûlant, parce qu’elle cristallise des questions fondamentales et imbriquées de la médecine, que chacun voit diffé remment: utopies et dystopies, efficacité et pluralité, sé curité et risque, intervention et naturel, individu et société, liberté et responsabilité. Le récent tapage médiatique sur la vaccination ne sera pas le dernier. ET ENCORE... 868

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