La différence entre ne pas faire et ne rien faire
Author(s) -
Christoph Bosshard
Publication year - 2017
Publication title -
bulletin des médecins suisses
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-5948
pISSN - 1424-4012
DOI - 10.4414/bms.2017.05362
Subject(s) - humanities , philosophy
Il y a 20 ans environ, dans le cadre d’une bourse post doctorale, j’ai eu l’opportunité de participer aux consul tations d’un professeur ordinaire en chirurgie de la main. Cela a été pour moi l’occasion de voir comment il gérait non seulement les situations médicales com plexes mais aussi les patients impatients. Un jour, alors qu’il venait de prescrire une IRM, je me suis permis de lui demander pourquoi il avait pris cette décision, qui ne me semblait pas indiquée pour le diagnostic. Il m’a répondu en souriant: «Aucune indication médicale ne justifie cette IRM mais le rendezvous est dans six à huit semaines et sans lui, le patient n’aurait pas été disposé à poursuivre d’ici là sur la voie théra peutique qui lui fera du bien.» Cette situation me re vient souvent à l’esprit. Je ne sais malheureusement pas si, comme soupçonné, l’IRM avait été superflue. Mais j’ai appris qu’il fallait investir beaucoup plus de temps et de travail de persuasion pour accompagner et aider nos patients à supporter et accepter une situation, que pour agir ou faire. Sans compter que le temps dis ponible pour leur expliquer et les soutenir diminue par tout un peu plus. Dans ce contexte, les éventuelles rai sons de sombrer dans une forme d’hyperactivité sont toutes trouvées: personne ne veut laisser quelque chose au hasard, qui plus tard pourrait lui être reproché. On veut avoir tout essayé! Le temps, c’est de l’argent et l’ab sentéisme au travail est aussi un problème de la méde cine. Aujourd’hui, les patients ne restent que quelques jours à l’hôpital alors qu’avant, avec le même diagnostic, ils y auraient passé plusieurs semaines. Cette concen tration laisse peu de place au temps. Si auparavant, il fallait que je justifie à mes mentors pourquoi avoir pre scrit une mesure diagnostique plutôt qu’une autre, j’entends aujourd’hui que, malgré les DRG, nos jeunes confrères en formation doivent rendre des comptes s’ils ne sont PAS intervenus. Cette peur de l’omission fait aussi partie de notre culture de la méfiance de plus en plus marquée. A cause d’elle toujours plus de ressources sont allouées à l’administration, à la documentation et aussi parfois à des mesures médicales qui, en défini tive, ne servent qu’à étayer cette documentation et non le diagnostic. Pourtant la loi exige partout des critères EAE, ou justement peutêtre pas partout? Dans le cadre des assurances sociales, lorsque nous discutons de nou velles techniques ou que nous les comparons aux mé thodes actuelles, nous parlons aussi d’efficacité, d’adé quation et d’économicité. Afin d’établir un aperçu des fondements scientifiques en lien avec Choosing Wisely ou Smarter Medicine et de susciter le débat, la FMH pu blie dans le présent numéro un document de base et la prise de position du Comité central de la FMH avec des propositions claires à ce sujet. Par ce biais, il souligne que le corps médical veut aussi empoigner ce défi, comme
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