Une médecine pour les personnes en bonne santé? Conclusions et recommandations du groupe de travail «Human Enhancement»
Author(s) -
Arbeitsgruppe Human Enhancement
Publication year - 2013
Publication title -
bulletin des médecins suisses
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1661-5948
pISSN - 1424-4012
DOI - 10.4414/bms.2013.01392
Subject(s) - medicine
L’enhancement trouve une résonance considérable dans notre société actuelle avec ses exigences spécifiques, telles que, par exemple, une accessibilité et une mobilité sans réserve, des performances (de pointe) toujours disponibles, tout en préservant l’apparence de la facilité. Ainsi, l’enhancement constitue en premier lieu un phénomène social qui présente pourtant différents points communs avec la médecine. Il ne s’agit pas uniquement de savoir s’il faut «prescrire ou non», mais également de traiter les effets indésirables (par exemple dans le cas d’un abus de cocaïne) et, plus loin, de s’interroger sur la manière dont les médecins devraient influencer leurs patients et la population, eu égard aux possibilités de l’enhancement. Le lien existant avec la médecine est particulièrement prononcé de par le rôle de premier plan joué à l’heure actuelle par l’enhancement pharmacologique, tandis qu’à d’autres époques, des mécanismes éducatifs ou psychologiques ont peut-être occupé le devant de la scène. De nombreux produits d’enhancement ont une efficacité réduite, comparable à celle des moyens traditionnels correspondants (par exemple la caféine). Malgré cela, ces produits sont de plus en plus utilisés, par exemple par les sportifs grand public (doping) ou les étudiants (ritaline). Le potentiel global et le chiffre d’affaires atteints par certains d’entre eux (modafinil) sont considérables, de sorte qu’il existe un intérêt commercial au développement et à la commercialisation de tels produits. En même temps, les dommages causés par l’application peuvent être considérables, qu’ils prennent la forme de cas isolés et tragiques attirant de temps à autre l’attention de la presse (comme par exemple cette jeune femme décédée lors de la pose d’implants mammaires) ou de répercussions peut-être moins spectaculaires, mais malgré tout significatives pour la santé publique (telles que la dépendance causée par les amphétamines). La société devra se pencher sur les questions liées à l’enhancement, aussi longtemps qu’il existera un avantage à se déplacer dans la zone supérieure de l’ensemble des normes et des moyens utiles pour atteindre ce but. Dans ce contexte, l’idée de limites normatives, fixes et objectives relève de l’illusion, du fait de l’adaptation dynamique des normes, ce qui explique pourquoi l’enhancement aura probablement lieu sous la forme de tentatives multiples en vue de déplacer la limite individuelle des performances. En fin de compte, il est possible que nous assistions à une transformation de la norme de l’espèce, celle-ci relevant davantage de la conséquence indirecte que de l’objectif explicitement visé et débattu par exemple par des représentants du transhumanisme. Différentes conditions préalables sont requises pour développer l’efficacité de l’enhancement: une société qui génère ou entretient des besoins en enhancement; des produits qui possèdent au moins une certaine efficacité et sont commercialisés avec l’insistance appropriée; des individus tournés vers la performance ou motivés par elle et qui considèrent l’enhancement comme leur droit légitime d’user de leurs options; des médecins prêts à faciliter l’accès et à atténuer les éventuelles conséquences négatives. Le présent rapport souhaite contribuer au débat actuel sur les points suivants. D’une part, il fait ressortir une compréhension socioculturelle de l’enhancement: l’attractivité, la forme et les répercussions de l’enhancement dépendent de manière décisive des contextes sociaux. Dans ce sens, un débat éthique manquera de portée s’il examine de manière hypothétique un recours facultatif et peu risGroupe de travail «Human Enhancement»
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