Le débat sur la gestion durable et les grands courants de la pensée écologiste
Author(s) -
D. Bourg
Publication year - 1996
Publication title -
revue forestière française
Language(s) - French
Resource type - Journals
SCImago Journal Rank - 0.11
H-Index - 13
eISSN - 1951-6827
pISSN - 0035-2829
DOI - 10.4267/2042/26801
Subject(s) - humanities , political science , art
Les "eco-guerriers" de l'association "Bleau-combat" ont recemment defraye la chronique judiciaire. On a cru pouvoir deceler dans la virulence et la violence de leurs actions le signe de la penetration en France de l'ecologie radicale (deep ecology) et, surtout, des methodes d'Earth First !, l'un des mouvements les plus en pointe du radicalisme ecologiste nord-americain (1995) . Dans cette affaire, il me semble plus judicieux de faire le tri entre une certaine rhetorique activiste, et meme un comportement extremement dangereux, le cloutage des arbres a hauteur de coupe, et les motifs d'une protestation plus large et plus ancienne . Si les premiers, de l'aveu meme des acteurs, relevent de l'ecologie radicale, il n'en va pas de meme pour les seconds . Le mouvement en faveur de la creation d'un parc national en foret de Fontainebleau dispose en effet d'un appui tres large . L'Unesco elle-meme y est favorable . En outre, ladite foret est depuis plus d'un siecle le theâtre d'affrontements entre ceux qui veulent la preserver et ceux qui entendent la plier au modele de gestion et d'exploitation forestieres europeennes et traditionnelles . Dans son plaidoyer pour la creation d'un "parc national en foret de Fontainebleau", le docteur H . Dalmon opposait deja, au debut du siecle, la "foret sauvage" des naturalistes, des artistes et du public, a la "foret forestiere" des forestiers, destinee "a l'exploitation et a l'adjudication", dont il reconnaissait par ailleurs la legitimite (Dalmon, 1914) . Au milieu du siecle dernier, pour defendre la premiere, les peintres de l'ecole de Barbizon, Theodore Rousseau et ses amis, n'hesiterent pas a arracher ou a couper de jeunes plants de resineux, comme l'ont fait recemment nos "eco-guerriers" (Raffin, 1995) . Une telle pratique, pour radicale qu'elle soit, ne releve donc pas d'un quelconque emprunt des methodes cheres aux fondamentalistes nordamericains . En declarant par ailleurs a Telerama que "le veritable destructeur" de la foret de Fontainebleau etait a leurs yeux non pas "le public", mais "l'Office national des Forets", ils ne paraissent pas non plus partager l'un des traits fondamentaux de l'ecologie radicale, une misanthropie fonciere (Telerama, 1995).
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