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Réflexions sur le gui du sapin
Author(s) -
J. -P. Brossier
Publication year - 1969
Publication title -
revue forestière française
Language(s) - French
Resource type - Journals
SCImago Journal Rank - 0.11
H-Index - 13
eISSN - 1951-6827
pISSN - 0035-2829
DOI - 10.4267/2042/20296
Subject(s) - art
Ce que je dirai du gui n'est pas le fruit d'études théoriques sur le parasite, mais seulement le résultat des observations pratiques faites pendant plus de vingt ans sur les forêts attaquées d'un massif particulièrement sensible, celui de la Grande Chartreuse : le sapin, en effet, y descend, en bonnes conditions, jusqu'à 500 mètres d'altitude et c'est là, me semble-t-il, qu'est l'origine de tous nos maux. Bien que ce soit très imprudent, j'affirmerai d'abord que ce parasite me semble avoir pris récemment, disons depuis 30 à 40 ans seulement, une réelle importance et que ses dégâts sont actuellement en pleine augmentation. Il serait trop simpliste de croire que nos anciens n'ont pas su le voir et qu'il existait déjà avec l'importance qu'il connaît en 1968 dans les forêts où il est aujourd'hui implanté . Sans doute, certains ont pu ne pas le reconnaître ? N'en est-il pas de même en 1968 ? Mais l'exception ne peut devenir la règle : si nos anciens en ont peu ou pas parlé, c'est qu'il était peu ou pas répandu. La raison me semble très simple : elle résulte, dans nos forêts résineuses des Alpes, d'un phénomène essentiel que l'on a mis longtemps à découvrir et dont on commence à peine à tirer les conséquences . celui du vieillissement de nos peuplements. Nos sapinières, communales et domaniales, étaient bien souvent entre 1860 et 1880, dates des premiers aménagements, des futaies d'âge moyen ou de jeunes futaies issues des coupes brutales que les gestionnaires de la période précédente avaient fort souvent assises. La généralisation du jardinage, l'application " militaire " de la note de 1883 en ne l'assortissant souvent d'aucun calcul d'accroissement, en surestimant gravement les âges moyens d'exploitabilité, ont conduit les aménagistes successifs à calculer des possibilités ridiculement faibles au départ puis, malgré leurs croissances, toujours en retard d'une révision au moins sur ce qu'elles auraient dû être . Chacun calculait la possibilité qu'aurait dû édicter son prédécesseur, sans chercher à rattraper les retards accumulés. Le résultat est aujourd'hui évident : la plupart de nos futaies jardinées sont devenues des futaies régulières dont l'âge moyen est allé en augmentant et dont l' " équienneté " est allé grandissant : les plus vieux bois ont généralement été éliminés par les coupes et les plus jeunes, hélas, aussi : leur développement ne pouvant se faire normalement du fait d'une trop forte densité, ils devenaient des " dominés " que l'on pourchassait impitoyablement. Pour préciser, je dirai qu'en 1930 la plupart des parcelles qui sont aujourd'hui atteintes fortement par le gui présentaient les caractéristiques suivantes : volume sur pied de 400 à 500 mètres cubes/hectare Age moyen 100 à 120 ans. Or, dans ces forêts fortement contaminées, quelle était la hauteur des arbres ? de 26 à 35 mètres de hauteur . Qu'en conclure ? Que le gui n'a pas attaqué ces sapins alors qu'ils étaient jeunes, car jamais ils n'auraient en ce cas atteint cette hauteur . En effet, le gui s'implante sur les branches et très vite, en général, sur la cime . Il arrête alors la croissance en hauteur : des bourgeons latéraux tentent bien de refaire une pointe et c'est l'origine des cimes " en candélabre ", typiques des sapinières guitées, mais de toutes façons, l'accroissement en hauteur restera très réduit. Aujourd'hui, en lisière de ces peuplements, les jeunes sapins qui se trouvent le plus souvent dans les forêts privées limitrophes sont contaminés dès l'âge de 30 à 50 ans alors que leur diamètre n'est que de 25, 30 ou 35 centimètres . La hauteur à laquelle ils sont brusquement bloqués par le fait du parasite est de 12, 14, 18 mètres tout au plus. Peut-on imaginer qu'il n'y ait pas eu une modification profonde du parasitisme pour que ce qui fut possible aux sapins nés vers 1820 ou 1840 ne le soit plus pour ceux nés en 1900? A mes yeux, deux seules explications possibles : la plus probable serait que le gui n'était pas implante dans ces forêts jusque vers 1920 ou 1930 : la deuxième résiderait dans une aggravation sérieuse de l'action du parasite due à sa multiplication. Dans mon esprit simpliste, j'émets donc l'hypothèse suivante : le gui est un parasite de faiblesse qui ne s'installe que sur les sapins vieillis dans certaines conditions de station, la faible altitude étant le facteur essentiel . L'existence de peuplements réguliers et trop âgés dans une telle zone a permis l'implantation et la prolifération soudaines du parasite. A partir de ces foyers d'infection, véritables champs de culture, la dissémination s'est faite dans les peuplements voisins, même en pleine vigueur et d'un âge qui jusqu'ici garantissait

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