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Les peintures de Mar Élias en-Nahr à Kfar QAHEL (Liban) du XIIIe siècle. Étude iconographique et interprétation
Author(s) -
Rafca Youssef Nasr
Publication year - 2019
Publication title -
chronos
Language(s) - French
Resource type - Journals
ISSN - 1608-7526
DOI - 10.31377/chr.v39i0.591
Subject(s) - art , humanities , altarpiece , art history , painting
The purpose of this article is to study the apsidal paintings of Mar-Elias-en-Nahr (Saint-Elijah-on-the-River) at Kfar Qahel in Lebanon and to correlate them with the place and circumstances in which they were inserted and visualized. It is a question of placing these holy images in their main context of use, clarifying their liturgical value and evaluating their attachment to the sacrament of the church, in other words, to the main function of the place. Situé dans la région de Koura, le monastère Mar-Élias-en-Nahr (SaintÉlie-sur-le-Fleuve) surplombe la rive gauche de la rivière Abou-Ali (Fig.1). Hormis des bribes d’attestation datant des XVIIe et XIXe siècles, peu de sources témoignent de l’histoire et de la vie de ce monastère2, dont l’architecture actuelle ne remonte pas au-delà du XIXe siècle. Cependant l’église conventuelle vient se coller à une abside plus ancienne dont on ne voit qu’une partie de la conque et la paroi inférieure. Celle-ci conserve 1 CESCM-Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale, Poitiers, France. 2 Pour une petite synthèse sur l’histoire du monastère, voir Collectif 2007 : 362-365. LES PEINTURES DE MAR ÉLIAS EN-NAHR À KFAR QAHEL (LIBAN) DU XIIIe SIÈCLE. ÉTUDE ICONOGRAPHIQUE ET INTERPRÉTATION Chronos Revue d’Histoire de l’Université de Balamand Numéro 39, 2019, ISSN 1608 7526 Rafca Youssef NasR 24 des peintures médiévales qui demeurent l’unique preuve de l’ancienneté du couvent de Kfar Qahel. Ce décor peint se caractérise par un langage stylistique combinant le schématisme et la simplicité de la tradition locale, avec des traits provenant de la tradition byzantine comme le jeu d’ombre et de lumière, notamment l’ombre verdâtre qui façonne les contours des visages et des yeux. Cela montre que le style byzantin trouve à Kfar Qahel une solution locale. Ces peintures ont été datées du XIIIe siècle (Hélou 2008 : 27). Fig. 1 : Kfar Qahel, monastère Mar-Élias-en-Nahr Nous devons à L. Nordiguian les premiers travaux consacrés à ce monastère, notamment à son architecture et à ses peintures (Nordiguian 1999 : 55-61 ; Nordiguian et Voisin 1999 : 393-394). Ceux-ci ont ouvert la voix à d’autres recherches (Cruikshank-Dodd 2004 : 180-185, pls. IX-XV ; Hélou 2006 : 32-47 et 2008 : 25 ; Immerzeel 2009 : 100 ; Zibawi 2009 : 66). Ces travaux n’ont toutefois pas bénéficié d’une étude iconographique poussée pour relever la signification des figures présentées et leur fonction dans l’espace liturgique. En effet, l’intérêt des chercheurs ayant traité de ce décor peint était limité à la description, l’identification des figures et très rarement au style et à la datation. Les peintures de mar éLias en-nahr à kfar qaheL, Liban-xiiie siècLe Chronos no 39 2019 25 Je souhaite analyser dans le cadre de cet article le sens des sujets représentés, en insistant sur leur connotation liturgique, les peintures encore conservées de Kfar Qahel se concentrant dans l’abside. Cette zone, réservée à la célébration de l’eucharistie, est l’endroit le plus sacré de l’édifice ecclésial et son décor pourrait répondre à cette même symbolique liturgique. En fait, l’iconographie dans les sanctuaires montre souvent des thèmes clairement liés à la fonction première du lieu, comme les sacrifices vétérotestamentaires, la Communion des apôtres, des évêques célébrants, des diacres portant des boîtes d’hostie ou agitant des encensoirs, etc. Cependant, les peintures de Kfar Qahel, qui n’ont jamais fait l’objet d’une interprétation iconographique, n’ont pas bien évidement été abordées dans une perspective liturgique. Cet article a donc pour objet de repenser les peintures absidales de Kfar Qahel, et de les mettre en corrélation avec le lieu et les circonstances dans lesquels elles étaient insérées et visualisées. Pour atteindre ce but, il faut d’abord décrire les peintures, pour ensuite pouvoir procéder à l’analyse iconographique afin de spécifier le rôle de chaque élément présent et concevoir comment les figures s’articulent dans l’abside. Il faut également s’interroger sur leur valeur liturgique et évaluer leur rattachement au sacrement de l’église, autrement dit à la principale fonction de l’édifice de culte. Présentation des peintures De la peinture qui orne la conque absidale ne subsiste que la partie inférieure : il s’agit d’un personnage assis sur un trône orné de motifs géométriques (Figs. 2, 3 et 4). Le trônant semble avoir un médaillon sur le sein duquel il ne reste que la partie inférieure. Il est habillé d’une tunique bleue. Celle-ci est surmontée au centre d’une longue étole rouge qui est décorée en son extrémité par une ornementation dorée. Chaussé en rouge et posé sur un coussin rouge orné de motifs blanc, il ne reste qu’un seul pied. Sur la paroi absidale défile, sur un fond bleu foncé, une série de personnages debout de face (Figs. 4 et 5). Chacun est placé à l’intérieur d’un arc soutenu par de minces colonnes en imitation de marbre à chapiteaux corinthiens stylisés. Les arcs sont décorés d’une chaîne d’hexagones, motif largement répandu en terre syro-libanaise. Rafca Youssef NasR 26 La place d’honneur au centre est réservée au patron de l’église : le prophète Élie, dont l’inscription indiquant son nom est presque entièrement détruite. Élie est représenté en vieillard à la chevelure abondante et retombante sur les épaules, et à la barbe longue composée de plusieurs mèches. Le prophète porte la mélote traditionnelle en poils de mouton tressée aux extrémités. Ses deux mains glissent de dessous la mélote. Il effectue de la droite le geste d’allocution, alors que, de la gauche, il tient un long phylactère qui se prolonge jusqu’au niveau de ses pieds où se lit une inscription en grec inspirée de passages bibliques : « Yahwe est vivant et ton âme est vivante » (2 R. 2, 2, 4, 6), et « Par Yahweh vivant, il n’y aura ces annéesci ni rosée ni pluie sauf à mon commandement » (2 R. 17, 1) » (Cruikshank-Dodd 2004 : 181). Fig. 2 : Kfar Qahel, église Mar-Élias-enNahr, conque absidale Fig. 3 : Kfar-Qahel, église Mar-Eliasen-Nahr, conque absidale : la partie inférieure du médaillon Fig. 4 : Kfar Qahel, église Mar-Élias-en-Nahr, peinture absidale Les peintures de mar éLias en-nahr à kfar qaheL, Liban-xiiie siècLe Chronos no 39 2019 27 À droite d’Élie se tient « saint Basile » dont le nom est inscrit en grec (Fig. 6). Les cheveux noirs et la barbe pointue, Basile porte le sticharion, le phelonion, l’omophorion, l’epitrachelion et l’epigonation épiscopal. Il expose de ses deux mains un livre décoré de perles et de pierres précieuses. La figure qui lui fait pendant, à gauche du prophète Élie, est probablement Grégoire le Grand reconnaissable grâce à son type iconographique ayant la tête chauve, les cheveux blancs qui couvrent les tempes, la barbe ronde et large (Cruikshank-Dodd 2004 : 182 ; Hélou 2008 : 26). Il porte également le sticharion, le phelonion, l’omophorion, l’epitrachelion et l’epigonation et expose le Livre de sa main gauche alors que par sa droite, ramenée devant le buste, il effectue un geste d’allocution. De l’inscription qui l’accompagne, il ne reste que le mot « saint » écrit en syriaque. Encore plus à droite on discerne le reste d’une figure qui devait être celle de saint Paul selon le reste de l’inscription syriaque qui l’identifie. Il y aurait probablement une autre figure qui lui faisait pendant sur le côté opposé (Nordiguian 1999 : 250 ; Hélou 2008 : 26). Il est à noter qu’on peut voir dans certains endroits que cette couche de peintures a été surmontée d’une autre couche d’enduit. Celle-ci était aussi peinte comme nous le confirment les traces infimes de couleur. Fig. 5 : Kfar Qahel, église Mar-Élias-en-Nahr, parois absidale Fig. 6 : Kfar Qahel, église Mar-Élias-en-Nahr, paroi absidale : Basile Rafca Youssef NasR 28 Analyse iconographique

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