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Discrimination d’accès aux soins dentaires pour les personnes vivant avec le VIH au Québec : constat et recommandations
Author(s) -
Liz Lacharpagne,
Stéphanie Claivaz-Loranger,
Adeline Bernier,
Alexandra Déniel,
Jorge Flores-Aranda
Publication year - 2016
Publication title -
can j public health
Language(s) - French
Resource type - Journals
SCImago Journal Rank - 0.64
H-Index - 72
eISSN - 1920-7476
pISSN - 0008-4263
DOI - 10.17269/cjph.107.5532
Subject(s) - humanities , political science , art
En 2010–2011, la COCQ-SIDA – Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida – a réalisé une étude au Québec sur les discriminations que subissent les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dans l’accès aux soins dentaires. Un premier volet quantitatif (c.-à-d., questionnaire adressé à un échantillon de convenance de 189 PVVIH en contact avec des organismes communautaires de lutte contre le VIH) a révélé que 71 % des répondants estimaient que leurs visites chez le dentiste se déroulent bien. Cependant, un nombre significatif a indiqué craindre d’être traité différemment par le dentiste (21 %), être mal à l’aise de remplir un formulaire demandant de préciser leur statut sérologique (21 %) et que ce formulaire soit consigné au dossier (19 %). De plus, 19 % des participants auraient éprouvé des difficultés à trouver un dentiste (exemple: refus de prise de rendezvous, défaut d’assurance dentaire). Le deuxième volet (c.-à-d., enquête téléphonique auprès d’un échantillon de convenance de 769 cliniques dentaires réparties dans 15 régions administratives du Québec, contactées par un nouveau patient séropositif souhaitant réaliser un examen et un nettoyage dentaire) a montré que 14 % des appels donnaient lieu à une situation potentiellement discriminatoire : rendez-vous en fin de journée (6,9 %), refus de traitement (4,3 %) ou facturation supplémentaire (1,5 %). À cause de la stratégie de recrutement utilisée (c.-à-d., échantillonnage de convenance), ces résultats ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble des PVVIH et des dentistes québécois. Cependant, la distribution selon l’âge, le genre et les régions administratives des répondants reflète le contexte de l’épidémie du VIH au Québec. De plus, le nombre de cliniques appelées est important, et la distribution géographique permet la représentation de la quasi-totalité des régions administratives du Québec. Ainsi, malgré ces limites, cette enquête souligne l’existence de discriminations d’accès aux soins dentaires pour les PVVIH au Québec. Des résultats comparables, quoique supérieurs, ont été trouvés en France par l’association AIDES qui a montré lors d’une enquête téléphonique similaire que 34 % des 570 cabinets contactés ont (in)directement refusé un rendez-vous4. D’autres motifs de discrimination peuvent restreindre l’accès aux soins dentaires (exemple : motifs socioéconomiques, de défaut d’assurance, d’origine, de lieux de résidence (urbain/rural)). Ainsi, une étude réalisée entre 2004 et 2007 auprès de 33 dentistes Montréalais montre l’existence de réticences à prendre des patients bénéficiant de l’aide sociale car ils ne respecteraient pas leurs rendez-vous, induisant une perte de revenu5, soulignant ainsi les discriminations liées à la condition sociale. Ces discriminations peuvent s’ajouter à celles liées au statut sérologique selon le phénomène d’intersectionnalité des discriminations. Ces pratiques peuvent constituer une discrimination au sens juridique et doivent être combattues juridiquement dès qu’une plainte en ce sens est déposée. À cet égard, il est important d’informer les PVVIH de leur droit à être traitées comme tout autre patient et leur apporter un accompagnement juridique si nécessaire. De plus, les mesures de sensibilisation/information des professionnels de la santé semblent être un moyen efficace de lutter contre ces pratiques. Les discriminations se nourrissent de préjugés, qu’il faut déconstruire pour faciliter la nondiscrimination et l’intégration sociale. Le manque d’information sur les modes de transmission du VIH est ainsi souvent associé à des pratiques discriminatoires. En ce sens, une étude américaine de 2009 met en évidence une corrélation entre les connaissances des étudiants dentistes sur le VIH et la manière dont le patient séropositif est traité6. Ainsi, outre de l’information, un cours obligatoire consacré aux pratiques discriminatoires pourrait être inséré dans la formation déontologique des professionnels de la santé dentaire. La COCQ-SIDA a déjà mis en place une présentation sur l’accès aux soins dentaires des PVVIH à destination des étudiants en hygiène dentaire qui a été validée au titre de la formation continue par l’Ordre des hygiénistes dentaires du Québec. Enfin, pour avoir une vision globale du phénomène, il serait nécessaire de disposer de plus de données sur les discriminations auxquelles les patients font face dans l’accès aux soins dentaires, notamment eu égard à l’intersectionnalité des discriminations.

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