Les innovations chirurgicales : bientôt dans ma salle d’opération?
Author(s) -
Edward J. Harvey
Publication year - 2015
Publication title -
canadian journal of surgery
Language(s) - French
Resource type - Journals
SCImago Journal Rank - 0.609
H-Index - 64
eISSN - 1488-2310
pISSN - 0008-428X
DOI - 10.1503/cjs.006515
Subject(s) - medicine , humanities , gynecology , philosophy
On m’avait promis des innovations chirurgicales. Ou diable se trouvent-elles? Ou est donc mon ____ (inserer l’innovation que vous esperiez : scalpel a commande vocale? casque chirurgical a visualisation 3D? tricordeur? exosquelette antierreurs?) Dans mon hopital universitaire, on m’a promis mer et monde. « L’avenir est a la porte! » Vous me direz peut-etre que je suis pessimiste, mais je commence a me demander de quelle porte on parlait. J’aurais du comprendre tot dans ma carriere que le geste est lent a se joindre aux belles paroles, meme lorsque la technologie est eprouvee et que l’argent est depense. Ici, nous demenageons enfin la moitie de nos activites universitaires principales dans un nouveau « super hopital », environ une decennie apres que le president du conseil d’administration au moment de mon embauche — 4 mandats se sont ecoules depuis — s’y soit engage. Apparemment, les obstacles a la construction d’un immeuble sont incommensurables — imaginez donc ceux a franchir avant qu’une innovation chirurgicale ne se retrouve dans notre salle d’operation. Je ne parle ici ni des progres graduels des instruments de classe 1 ni des interventions chirurgicales avec une petite variante. Ne nous meprenons pas : personne n’est contre une nouvelle bequille ou une autre maniere d’inserer une sonde dans l’abdomen. C’est toutefois bien en deca de ce a quoi je m’attendais lorsque j’ai choisi de faire carriere en medecine universitaire. Je veux les changements de paradigme promis dans la presse populaire. Quand est-ce que l’Internet des objets — probablement la technologie la plus surestimee, selon le rapport annuel de recherche Gartner sur le tapage publicitaire1 — facilitera ma vie et ameliorera les soins aux patients? Au Canada, le parcours d’une bonne idee est parseme de redoutables embuches. Nous sommes un petit marche; hormis quelques personnes bien placees, nous sommes vus comme une economie de deuxieme ordre. Les entreprises canadiennes investissent plus de 2 fois plus2 que le gouvernement federal dans l’innovation, ce qui nous handicape a certains egards. La plupart des idees emergeant de notre partie du continent suscitent les railleries; on ne se bouscule pas au portillon pour les concretiser. Il y a assez peu de chances qu’une personne intelligente quelconque parvienne facilement a attirer des investissements technologiques et a favoriser l’expansion d’une gamme de produits pour m’aider dans le bloc operatoire. Le probleme ne commence pas au niveau individuel — les chirurgiens ne menagent aucun effort pour se faciliter la vie et innover, tant en milieu universitaire que communautaire, et ils n’ont plus besoin d’etre convaincus que « nouveaute » peut aller de pair avec « mieux ». Non, en fait, le blâme revient d’abord et avant tout a un milieu qui nous encourage, nous chirurgiens, a nous contenter de ce que nous avons — sans quoi nous risquons de le perdre. Pendant ce temps, le pourcentage de notre produit interieur brut consacre a la recherche-developpement continue de chuter; le Canada est derriere au moins 22 autres pays, dont la Slovenie et l’Estonie2. Pendant que les Instituts de recherche en sante du Canada (IRSC) accordent environ 1 milliard de dollars par annee en financement de recherche evaluee par les pairs, les National Institutes of Health des Etats-Unis injectent 30 milliards de dollars dans des programmes semblables — 3 fois l’investissement par habitant du Canada. Le taux de reussite des IRSC est d’environ 15 %. C’est juste assez pour financer les personnes ou les etablissements constamment selectionnes — nouveaux chercheurs s’abstenir. Nous sommes tous impatients de voir comment les changements apportes a la structure de financement des IRSC amelioreront le taux de reussite. En depit de ces freins a l’innovation, un nouveau chercheur pourrait avec un peu de chance voir sa bonne idee financee et trouver une entreprise canadienne qui croira en son concept (bien que les entreprises canadiennes d’instruments medicaux ne courent pas les rues). La partie ne serait toutefois pas gagnee pour autant. Ce chercheur frapperait un autre mur lorsqu’il tenterait de mettre en œuvre son outil inedit — c’est sans doute l’obstacle le plus insurmontable, celui qui explique pourquoi les innovations chirurgicales ne franchiront jamais la porte de ma salle d’operation. La realite est a la fois simple et brutale : le « nouveau » doit etre moins cher que le « vieux ». L’administration de l’hopital n’a que faire des nouvelles technologies si elles entrainent une augmentation des depenses; dans l’etablissement ou je travaille, nous faisons constamment marche arriere, si bien que notre niveau de soins rappelle celui de 1980. La nanotechnologie par laser robotisee qui guerira le cancer que vous avez entrevue dans un eclair de genie ne demeurera donc qu’une vision utopique. Vous pouvez toujours tenter votre chance en Coree du Sud : ce pays investit sans arret dans l’innovation!
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