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Colloques et documents : comptes rendus
Author(s) -
Léo Magnin,
Rémi Rouméas
Publication year - 2018
Publication title -
natures sciences sociétés
Language(s) - French
Resource type - Journals
eISSN - 1765-2979
pISSN - 1240-1307
DOI - 10.1051/nss/2019011
Subject(s) - political science
Le colloque « Patrimonialiser la nature : valeurs et processus », organisé par le laboratoire Société, Environnement, Territoire (SET, CNRS/Université de Pau et des Pays de l’Adour), s’est tenu début septembre 2011 durant trois jours à Pau, la capitale du Béarn. Il a regroupé quelque 80 participants, issus pour l’essentiel des principaux laboratoires français de géographie travaillant sur les questions de patrimoine et d’environnement. Il faut ajouter des chercheurs espagnols (Madrid, Santander, Oviedo, Jaen), italiens, brésiliens, portugais, et du côté français, des spécialistes de questions de paysage issus des écoles d’Angers ou de Versailles, ainsi que des sociologues. Le conseil scientifique était pluridisciplinaire – avec des spécialistes de sciences de l’information et des arts plastiques – et international (Italie, Brésil, États-Unis, Espagne, Québec). Piloté par Christine Bouisset, Isabelle Degrémont et Jean-Yves Puyo (géographes, laboratoire SET, Université de Pau et des Pays de l’Adour), ce colloque s’est d’abord distingué par une excellente organisation et une bonne gestion du temps. Le nombre important de communications (49) avait conduit à planifier deux sessions en parallèle auxquelles se sont ajoutées cinq tables rondes. La barrière de la langue n’a que peu joué, grâce à Sylvie Clarimont (géographe, Université de Pau) qui proposait, à l’issue de chacune des communications de quinze minutes en espagnol, une synthèse claire de cinq minutes. Le colloque était structuré en six thèmes, eux-mêmes découpés en plusieurs séances : 1.« Fabriquer les valeurs du patrimoine naturel » ; 2.« Valeurs et institutions » ; 3.« Représentations et construction du patrimoine » ; 4.« Quel patrimoine naturel ? Confrontation des regards » ; 5.« Allers-retours nature-culture » ; 6.« Multiplicité des échelles, multiplicité des acteurs ». Plusieurs enseignements sont à tirer des différentes présentations et des débats qui ont suivi : des sens et des valeurs de la patrimonialisation toujours relatifs, donc opposables ; un processus à composante idéologique, marqué par des biais socioculturels et par une finalité politique. Plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que les objets patrimonialisés sont perçus comme des conservatoires du passé, traduisant parfois ainsi candeur et nostalgie. L’imbrication des logiques de patrimonialisation et de protection a motivé de nombreuses communications, comme celle sur l’île aux Oiseaux du bassin d’Arcachon (Véronique André et Marie Mellac, géographes, Université Bordeaux 3), marquée par sept périmètres superposés de protection. Quels que soient les espaces (bras morts du Rhône, sites à dimension religieuse et politique comme Covadonga dans les Asturies en Espagne, marais de Cantabrie, grottes dans le Parc national de Banff au Canada, petites vallées de l’Ouest français en phase de « restauration écologique », forêts dans différentes régions), les participants ont fréquemment souligné la construction d’une relation davantage au temps qu’à la nature, et parfois un processus de patrimonialisation de la nature au détriment d’autres éléments. La dimension temporelle a ainsi été très présente ; par exemple, le Québécois Alain Viau (sciences géomatiques, Université Laval, Québec) a mis en exergue que les sociétés occidentales étaient entrées dans « l’ère de la culpabilité » placée sous le sceau de « l’urgence générationnelle » et Francis Jauréguiberry, sociologue et directeur du laboratoire SET, a avancé que la patrimonialisation exacerbait la « question de la permanence dans une société du mouvement et de l’immédiat ». Au-delà des dimensions réglementaires et législatives, dont certaines communications ont noté à juste titre qu’elles ne produisaient pas pour autant le patrimoine dont elles étaient censées assurer la survivance, les exemples évoqués ont montré combien les concertations se révélaient parfois inefficaces, ne faisaient que reconstruire un contexte social dissymétrique et ne permettaient pas de déboucher sur un consensus patrimonial. Dans tous les cas, le patrimoine est négocié, dans sa définition, son appropriation et son partage. Le

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